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Vivre loin des siens : le deuil de la famille quand on immigre au Québec

Par L'équipe InterLinks · mis à jour le

Le deuil de la famille est la perte de la présence quotidienne des proches restés dans le pays d'origine. C'est le premier des sept deuils migratoires décrits par le psychiatre Joseba Achotegui. Ce deuil ne se termine pas : il revient à chaque fête, chaque naissance, chaque maladie d'un parent.

Qu'est-ce que le deuil de la famille en immigration ? Quand on immigre, personne ne meurt. Pourtant, on perd quelque chose de réel : le repas du vendredi chez sa mère, la sœur qu'on appelle en sortant du travail, les cousins qui passent sans prévenir. Les liens existent toujours, mais ils passent désormais par un écran. Achotegui décrit le deuil migratoire comme partiel, récurrent et multiple. Partiel, parce que la famille est toujours là et qu'on peut la revoir. Récurrent, parce que chaque appel, chaque voyage, chaque nouvelle réactive la séparation. Multiple, parce qu'il s'ajoute aux autres pertes de la migration. Comment ce deuil se vit au Québec Le décalage horaire organise la relation. Avec le Maghreb ou l'Afrique de l'Ouest, il faut appeler tôt le matin ou tard le soir. Avec l'Asie, les fenêtres se réduisent encore. On finit par vivre la vie de sa famille en différé. Les moments forts se passent sans nous. Un mariage suivi en vidéo depuis un appartement de Longueuil. Une naissance annoncée par message. Les fêtes religieuses célébrées pendant une journée de travail ordinaire. Le plus lourd arrive souvent avec le vieillissement des parents. La maladie d'un père, une hospitalisation, un décès auquel on ne peut pas assister à cause du coût du billet, d'un statut d'immigration en attente ou d'un emploi qu'on ne peut pas quitter. La culpabilité s'ajoute alors à la tristesse. Les signes qui montrent que ce deuil pèse • Une tristesse ou une irritabilité qui monte avant ou après les appels familiaux. • Le sentiment d'être « de trop » ou déconnecté quand on parle avec les siens. • Une culpabilité persistante d'avoir laissé ses parents ou ses frères et sœurs s'en occuper. • Des insomnies liées à l'inquiétude pour un proche malade. • L'idée récurrente de tout abandonner pour rentrer, sans pouvoir la mettre en œuvre. Ces réactions sont normales. Elles deviennent un signal d'alarme quand elles durent plusieurs semaines et empêchent de dormir, de travailler ou de profiter de la vie ici. Quand le deuil touche toute la famille immigrante Le deuil ne concerne pas que l'adulte qui a immigré. Les enfants perdent des grands-parents qu'ils ne connaissent que par téléphone. Le couple perd son réseau de soutien : plus de mère pour garder le bébé, plus de frère pour aider au déménagement. Tout repose sur deux personnes, ce qui fragilise la relation. Il arrive aussi que les rôles s'inversent. Celui qui est parti est perçu comme celui qui a réussi. On attend de lui de l'argent, des solutions, des nouvelles positives. Il devient difficile de dire à sa famille que les choses sont dures. Ce qui aide à traverser le deuil de la famille 1. Nommer la perte. Reconnaître qu'on vit un deuil, même si personne n'est mort, légitime ce que l'on ressent. 2. Ritualiser le lien. Un appel fixe chaque semaine, une recette familiale cuisinée le dimanche, des photos envoyées régulièrement. La prévisibilité apaise. 3. Accepter de ne pas tout porter. On ne peut pas gérer à distance tous les problèmes de la famille. Choisir ce qu'on peut faire réellement réduit la culpabilité. 4. Construire une « famille d'ici ». Des voisins, des collègues, des personnes de sa communauté ou d'autres immigrants peuvent devenir un réseau de soutien concret. 5. Préparer les moments difficiles. Savoir à l'avance comment on réagirait à la maladie grave d'un parent (budget, congés, documents de voyage) diminue l'impuissance. Quand consulter ? Il est utile de consulter quand la tristesse ne baisse pas après plusieurs semaines, quand un décès vécu à distance reste impossible à digérer, ou quand les tensions de couple augmentent. Un accompagnement interculturel permet de parler de sa famille sans avoir à tout expliquer sur sa culture, ses rites ou ses obligations familiales. Chez Interlinks, des intervenant·es qui connaissent l'expérience migratoire accompagnent les clients en virtuel et en présentiel, dans plusieurs langues. En cas de détresse, Info-Social (811, option 2) répond gratuitement 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, partout au Québec. Questions fréquentes Est-ce normal de se sentir triste longtemps après avoir immigré ? Oui. Le deuil migratoire est récurrent : il peut revenir des années plus tard, lors d'une naissance, d'une maladie ou d'un décès dans la famille. Comment vivre le décès d'un parent quand on ne peut pas rentrer ? Créer un rituel ici aide : une cérémonie avec des proches, un lieu de recueillement, un temps de prière ou de parole. En parler avec un professionnel évite que ce deuil reste bloqué. Pourquoi je culpabilise d'être heureux ici ? Parce que le bonheur ici peut sembler trahir ceux qui sont restés. Cette loyauté familiale est fréquente et se travaille bien en accompagnement. Lire aussi • Article suivant : « Je parle français, mais je ne me reconnais plus » : le deuil de la langue au Québec • Comprendre l'ensemble : Le syndrome d'Ulysse et le deuil de la sécurité Sources • Achotegui, J. Migración y crisis : les 7 deuils de la migration, Psiquiatria.com • Deuil migratoire partiel, récurrent et multiple, Revista Portales Médicos • Info-Santé et Info-Social 811, Santé Montérégie

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